La journée annuelle d’EcoEglise aura lieu cette année [l’article date de juillet 2024] à la paroisse réformée de St Prex-Lussy-Vufflens. Ce choix dérange l’une des membres du groupe EcoEglise du lieu, qui explique pourquoi. Pour elle et le reste de l’équipe, c’est l’occasion de revenir sur leurs motivations et les difficultés rencontrées.
« Je trouve qu’on nous met trop en avant », dit Elizabeth Chollet. C’est ainsi que la première paroissienne du groupe EcoEglise résume sa position actuelle. En plein Covid, elle inscrit la paroisse dans le réseau avant d’être rejointe quelques mois plus tard par Eliane Perrottet et Alain Rihs. Pour eux, Elizabeth était et reste le moteur du groupe. Un moteur « qui cale un peu », selon les mots de l’intéressée. Pour elle, l’heure est à l’action, mais face à la difficulté de mobiliser les paroissien.nes, elle exprime sa colère : « Je sens une indifférence. Tout le monde s’en fiche du climat. »
C’est le conseil de paroisse, désireux de rejoindre EcoEglise, qui repère Elizabeth en 2021 en raison de son engagement pour l’initiative sur les multinationales responsables. « Je savais que ça allait être compliqué, mais j’ai accepté », se souvient-elle. Une image semble repasser devant ses yeux alors qu’elle raconte l’origine de son implication : « Au départ, pour moi, tout cela était très loin, dans les pays du Sud. Et quand je suis allée au Canada et que j’ai vu des kilomètres de forêt brûlée… » Touchée, la paroissienne a ensuite réalisé son bilan carbone : « Cela a été un tournant dans ma vie. »
Alain Rihs, lui, vise d’abord une prise de conscience : « Notre objectif, c’est d’interpeller les gens. Pour moi, c’est évident que l’église doit faire quelque chose. Je me demande pourquoi on ne l’a pas fait avant. » Il évoque un décalage entre les différentes sensibilités écologiques : « il y a un écart entre là où nous en sommes et là où en sont d’autres, à des kilomètres de nous. C’est comme si nous ne parlions pas la même langue. Même au sein de notre groupe, nous sommes à différents niveaux. » Le paroissien souligne ainsi l’importance d’aller rencontrer les personnes là où elles se trouvent, et d’accepter l’impossibilité de mesurer l’effet que les actions du groupe EcoEglise ont sur elles.
Ces actions, il y en a eu beaucoup depuis 2021. Elles ont valu à la paroisse de figurer parmi les plus actives du réseau, avec notamment une fresque du climat, un culte avec Marie Cénec, une animation sur l’énergie ou encore plusieurs éco-cafés et pique-niques qui ont donné lieu à de beaux moments partagés en communauté. Au sein de l’équipe pourtant, la sensation qui domine est une difficulté à décoller : « Quand on se greffe à un culte ou à la vie paroissiale, les gens sont là, mais autrement… » déplore Elizabeth Cholet. « On est une bulle insérée dans l’église, dit Eliane Perrottet, ça ne prend pas comme on l’espérait. Pour la fresque du climat, nous n’étions que six. Pour les éco-cafés aussi, nous avons tout essayé, matin, midi et soir. Nous en avons déplacé un à Morges pour que ce soit plus accessible. Je pense que c’est un problème de temps. C’est dur de faire sortir les gens. »
Optimiste, Eliane dit tout de même observer une évolution positive dans les cultes et parmi les pasteurs au niveau de l’enseignement. Les retours, selon elle, sont rares, « même si je suis sûre qu’il y a plus d’impact qu’on ne le pense. Je sais qu’il y a des personnes qui trouvent que ce que nous faisons est bien. » Elizabeth rebondit en se remémorant un commentaire reçu une fois : « Quelqu’un m’a dit que je l’avais fait réfléchir. Cela m’a fait très plaisir. »
Pour Eliane, il s’agit aujourd’hui de faire le point et de se relier à leurs motivations : « Je crois que les questions à nous poser sont : quels sont nos points forts ? Qu’est-ce qui marche ? Qu’est-ce qui nous porte ? » Pour elle, les raisons de sa présence sont claires : « J’aime la beauté de cette terre. Quand on prie, on chante pour la nature. En tant que personnes, nous avons progressé tous les trois, dans notre amitié, nos connaissances. Nous avons vibré ensemble. Moi, c’est ce qui me motive. » En souriant, elle ajoute : « Ce serait bien que la mayonnaise prenne un peu plus. S’il y avait plus de monde, ça nous donnerait du courage. Même par de petits gestes… il faut que nous prenions nos responsabilités. »